Le jour même d'une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères chinois, américain, britannique, russe et allemand ayant pour objet la crise nucléaire iranienne, le porte-parole du gouvernement iranien, Gholamhossein ELHAM, annonce que le président Mahmoud AHMADINEJAD a adressé une lettre au président George W. BUSH dans laquelle il propose de "nouvelles solutions" pour sortir la communauté internationale de la "situation délicate" dans laquelle elle se trouve relativement au programme nucléaire iranien.
S'il présente cette lettre de 18 pages comme traduisant la recherche par la République Islamique d'Iran d'une fenêtre d'opportunité diplomatique, M. ELHEM:
- élude la réponse à une question sur d'éventuelles négociations directes entre l'Iran et les Etats-Unis
- et précise que d'autres lettres ont été adressées aux dirigeants de "certains pays"
Faute de relations diplomatiques établies entre les Etats-Unis et l'Iran, ce premier message écrit adressé par un président iranien à un président américain depuis 1979 a emprunté le canal indirect du bureau des intérêts américains de l'ambassade de Suisse en Iran.
Le secrétaire d'Etat Condoleezza RICE estime en revanche que cette lettre n'est pas une "proposition", encore moins une "ouverture". Certes, outre qu'il ne critique pas l'Etat d'Israël, M. AHMADINEJAD compâtit aux attaques du 11 septembre 2001 et expose le dilemme de sécurité iranien en tant que minorité ethnique (Perses) au sein du Moyen-Orient (Arabes) et confessionnelle (Chiites) au sein de la communauté musulmane (Sunnites). Mais, rédigée sur un ton philosophico-spirituel néanmoins critique (faillite de la démocratie occidentale, gestion post-11 septembre 2001 et Opération Iraqi Freedom), la lettre n'aborde aucune des préoccupations concrètes de la communauté internationale, ni le programme nucléaire iranien, ni le parrainage du terrorisme (Condoleezza RICE, Interview With the Associated Press Editorial Board, New York, 8 mai 2006). Mme RICE conjecture un effet d'annonce visant à "changer de sujet" quelques heures avant la réunion de niveau ministériel du CSNU ou encore à pouvoir se prévaloir d'un geste en apparence conciliant en direction du "Grand Satan" sans pour autant se rétracter.
Si elle confirme le droit de l'Iran d'accéder à l'énergie nucléaire civile en vertu du Traité de Non Prolifération nucléaire, que l'Iran a le droit d'accéder à l'énergie nucléaire civile, Mme RICE rappelle néanmoins que le passé iranien conjugué à la nature duale (civilo-militaire) de la technologie nucléaire exige du régime de Téhéran qu'il ménage la confiance de la communauté internationale en acceptant les conditions qu'elle pose à l'acceptation du programme nucléaire civil iranien.
Afin de convaincre le gouvernement iranien de se conformer aux demandes du conseil des gouverneurs des 35 membres de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique, Condoleezza RICE considère que le CSNU doit désormais voter une résolution sur le fondement du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies qui signifie "clairement" le caractère juridiquement contraignant de la prochaine étape diplomatique. Mme RICE souligne enfin que les Etats-Unis ouvriront avec les pays partageant leur point de vue ("likeminded countries") une seconde voie diplomatique ayant vocation à étayer la première.
Si les ministres des Affaires étrangères chinois, américain, britannique, russe et allemand confirment leur convergence stratégique en maintenant leur opposition à ce que l'Iran détienne une capacité nucléaire militaire, ils continuent en revanche de diverger au niveau tactique des moyens: la République Populaire de Chine et la Fédération de Russie restent opposées au vote d'une résolution du CSNU sur le fondement du chapitre 7 de la Charte.