Considérant l'"excellente coopération" de la Libye avec les Etats-Unis et la communauté internationale depuis 2003 dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme (la Libye renonce au parrainage du terrorisme le 15 août 2003 -- en s'engageant à lutter contre le terrorisme et en indemnisant les familles des victimes de l'attentat de Lockerbie -- puis à l'acquisition d'armes de destruction massive le 19 décembre 2003 -- en annonçant le démantèlement de son programme d'ADM), partant sa réinsertion au sein de la communauté internationale, le secrétaire d'Etat Condoleezza RICE annonce le rétablissement de relations diplomatiques
"complètes" entre les Etats-Unis et la Libye (Condoleezza RICE, U.S. Diplomatic Relations with Libya, Washington, D.C., 15 mai 2006).
Outre l'ouverture d'une ambassade à Tripoli (DEPARTMENT OF STATE, Upgrading of Diplomatic Relations with Libya, 15 mai 2006, 1 p.), cette normalisation diplomatique s'accompagnera (d'ici 45 jours) du retrait de la Libye de deux listes préjudiciables -- celle des Etats parrains du terrorisme et celle des Etats ne coopérant pas pleinement avec les Etats-Unis dans leur lutte contre le terrorisme (DEPARTMENT OF STATE, Rescission of Libya's Designation as a State Sponsor of Terrorism, 15 mai 2006, 2 p.) -- ainsi que de l'intensification des relations commerciales (dans le respect toutefois de la conditionnalité démocratique fixée par "l'agenda pour la liberté" du président George W. BUSH: droits de l'homme, liberté d'expression, etc.), notamment en matière pétrolière (la Libye possède les 8ème réserves pétrolières mondiales; réimplantation des entreprises Exxon Mobil Corp., Marathon Oil Corp. et Amerada Hess Corp.)
Mme RICE érige enfin le changement de politique libyen en modèle à suivre en 2006 par les régimes nord-coréen et iranien, régimes à l'égard desquels les Etats-Unis et la communauté internationale attendent d'une même décision stratégique des changements "vitaux pour la paix et la sécurité internationale". Implicitement, elle offre donc aux deux rogues states leur réhabilitation en contrepartie d'une renonciation.
Si la rhétorique libyenne à l'endroit du processus de paix israélo-palestinien demeure un
irritant, ce processus de normalisation -- amorcé depuis 2004 (restauration d'une présence diplomatique en février, reprise limitée des relations diplomatiques en juin, levée de l'embargo commercial en septembre) mais freiné par la révélation de l'implication libyenne dans la tentative d'attentat en 2004 contre celui qui était alors simple membre de la famille royale saoudienne, l'actuel roi Abdhallah -- clôt 27 années de frictions diplomatiques entre les administrations américaines successives et le régime du colonel Mu'ammar al KADHAFI (au pouvoir depuis le coup d'Etat militaire du 1er septembre 1969), de l'incendie de l'ambassade américaine (2 décembre 1979) au soutien des rejectionnistes palestiniens (seconde Intifada) en passant par les attaques aériennes de représailles contre Tripoli (1981 puis 1986) et l'attentat contre le vol 103 de la PanAm au-dessus de Lockerbie en Ecosse (décembre 1988, 270 tués).

