Le département d'Etat publie le Country Reports on Terrorism 2005 (CRT 2005) dressant un état des lieux de la menace que pose le terrorisme international -- ses tendances, sa nature, ses sanctuaires et sa connexion avec les armes de destruction massive -- et des efforts internationaux réalisés pour y parer (DEPARTMENT OF STATE, Country Reports on Terrorism 2005, avril 2006, 262 p.).
Prenant désormais en compte l'ensemble des actes de terrorisme et non pas seulement les actes de "terrorisme international", le rapport indique trois tendances générales:
- d'abord l'avènement des "micro-acteurs", cellules ou individus animés par une intention terroriste qui parviennent à capitaliser sur les opportunités asymétriques qu'offrent les nouvelles technologies pour passer à l'acte
- ensuite la sophistication croissante des acteurs terroristes qui tirent parti des avantages de la mondialisation des flux (idées, information et finances)
- enfin l'intrication de plus en plus intime entre terrorisme international et criminalité transnationale, c'est-à-dire l'emploi par le premier des canaux de la seconde afin de monter en puissance à l'ombre d'un réseau déjà organisé et bénéficier d'une mobilité, d'une promotion et de connexions améliorées
Nonobstant ces tendances lourdes, six Etats restent qualifiés par le CRT 2005 "Etats parrains de la terreur": Cuba, la Corée du nord, l'Iran, la Libye, le Soudan et la Syrie (le rapport souligne toutefois les coopérations libyenne et syrienne, le régime baassiste de Damas ayant étanchéifié sa frontière avec l'Irak).
Les sanctuaires terroristes s'enracinent généralement dans les interstices à la souveraineté négative qui s'étirent le long des frontières internationales, les zones excentrées frappées de mal-gouvernance que n'atteignent plus les programmes socioéconomiques d'un centre politique éloigné et où s'accumulent par conséquent ruptures de représentativité, pauvreté, corruption et trafics (en jouant des conflits de lois, notamment la difficulté à mettre en oeuvre le droit de suite). Ce sont principalement les régions frontalières afghanes, la majeure partie du territoire somalien, la région trifrontalière sud-américaine et la Mer des Célèbes (Asie du sud-est). Si l'Irak reste le "front central dans la guerre totale contre la terreur" (1/3 des actes de terrorisme et plus de la moitié des décès imputables au terrorisme, 47 des 56 Américains tués par le terrorisme en 2005 l'ont été sur le théâtre irakien), il n'est pas pour autant devenu le sanctuaire que fut pour le terrorisme l'Afghanistan du régime taliban pendant la seconde moitié des années 1990.
L'action contre-terroriste doit être renforcée au niveau régional (niveau pertinent de mise en oeuvre du contre-terrorisme) de trois manières:
- en intensifiant la coopération bilatérale entre les Etats-Unis et les gouvernements locaux
- en agrégeant les efforts des gouvernements locaux au niveau régional
- et en favorisant la coopération interrégionale au sein des instances multilatérales
D'autant que si les sanctuaires, opérations et effectifs d'al-Qaida sont perturbés depuis 2001, l'organisation n'en conserve pas moins sa capacité de nuisance grâce son adaptativité et sa résilience. Ses efforts doctrinaux constitutifs d'un corpus idéologique qu'ont désormais en commun de nombreux groupes ("al-qaidisme") lui permettent dorénavant de déléguer -- plus ou moins explicitement -- la mise en oeuvre des opérations à des exécutants, par exemple l'Organisation al-Qaida en Mésopotamie pour le théâtre irakien.
Alors que le groupe al-Qaida s'institutionnalise ainsi en un mouvement, le rapport CRT 2005 prévoit plusieurs "cycles action - réaction supplémentaires" avant que le point culminant d'une "guerre potentiellement longue" ne soit atteint. Marquée par l'augmentation du nombre des attentats (notamment suicides) et de leurs victimes, 2005 ne représente qu'une des phases de cette longue guerre livrée par les Etats-Unis contre le radicalisme terroriste.